Vivre en Irlande
VIVRE EN IRLANDELe guide francophone de l'Emerald Isle
Toits en enfilade d'un quartier résidentiel irlandais sous un ciel nuageux

La crise du logement irlandaise

Un pays qui construit moins qu'il n'accueille, depuis plus de dix ans. Comprendre pourquoi change la manière dont on prépare une installation.

D'où vient cette crise

Le point de bascule se situe autour de 2013 et 2014. L'économie irlandaise repart après le krach, les emplois reviennent, la population augmente. La construction, elle, est restée à l'arrêt.

Cinq facteurs s'additionnent, et aucun ne se corrige rapidement.

FacteurCe qu'il produit
L'effondrement de 2008Le secteur de la construction s'est effondré avec la bulle immobilière. Des dizaines de milliers d'ouvriers ont quitté le métier ou le pays, et la capacité de production n'a jamais été reconstituée.
Une population en forte hausseL'Irlande est l'un des pays européens dont la population croît le plus vite, sous l'effet du solde naturel et d'une immigration de travail soutenue par la présence des multinationales.
La concentration sur DublinL'emploi qualifié s'est concentré dans la région dublinoise sans que l'habitat suive, ce qui reporte la pression sur les comtés voisins.
Le coût de la constructionMatériaux, main-d'œuvre, normes et coût du foncier rendent une partie des projets non rentables aux prix que le marché peut absorber.
Les logements vacantsUne part significative du parc reste inoccupée, entre biens en indivision, résidences secondaires et logements en attente de travaux.

Ce que la crise produit

Le tram Luas traversant O'Connell Street à Dublin, entouré de passants et de commerces
Dublin concentre l'emploi qualifié sans que l'habitat ait suivi. La pression se reporte sur Meath, Kildare et Wicklow.
DomaineEffet observé
Les loyersIls ont plus que doublé dans les zones urbaines depuis le point bas de 2012, malgré les plafonds mis en place.
L'accès à la propriétéL'âge du premier achat recule, et le dépôt exigé écarte les ménages sans aide familiale.
Le sans-abrismeIl touche désormais des familles avec enfants et des personnes en emploi, ce qui n'était pas le cas avant la crise.
Le départ des jeunesUne partie des jeunes diplômés irlandais s'expatrie, non par goût mais parce que se loger devient hors de portée.
Le recrutementLes employeurs peinent à faire venir des candidats étrangers qui renoncent après avoir regardé les loyers.

Le point le moins connu à l'étranger est le dernier : l'Irlande recrute des talents internationaux qu'elle peine ensuite à loger. Plusieurs employeurs proposent désormais une aide au logement ou un hébergement des premières semaines, ce qui était exceptionnel il y a dix ans. C'est un point à évoquer en entretien.

Les réponses publiques

L'État a multiplié les dispositifs. Ils atténuent les effets de la pénurie sans traiter sa cause, qui reste le nombre de logements livrés chaque année.

DispositifCe qu'il fait
Rent Pressure ZonesPlafonnement des hausses de loyer dans les zones tendues, soit la quasi-totalité des zones urbaines.
Help to BuyAide fiscale aux primo-accédants sur un logement neuf, sous conditions de prix et de prêt.
First Home SchemeL'État prend une part du bien en échange d'une fraction de sa valeur, pour réduire l'apport nécessaire.
Taxe sur les logements vacantsPrélèvement annuel visant à remettre sur le marché les biens inoccupés.
Objectifs de constructionDes cibles annuelles de mises en chantier, régulièrement révisées et rarement atteintes.

Les aides à l'accession, Help to Buy et First Home Scheme, sont détaillées dans notre guide acheter un bien en Irlande, et le fonctionnement des plafonds de loyer dans bail et droits du locataire.

Dublin, ce que chaque budget permet

Une main tend un trousseau de clés devant une porte d'entrée
À Dublin, le budget ne détermine pas le confort mais la distance au centre.

La crise se lit mieux en euros qu'en statistiques. Voici ce qu'un budget logement mensuel ouvre concrètement dans la région dublinoise.

Budget mensuelCe que cela permet
Moins de 1 000 EURColocation dans Dublin 7, 8, 9 ou en banlieue proche.
1 000 à 1 300 EURStudio ou une chambre à Dún Laoghaire, Clondalkin, Tallaght.
1 300 à 1 600 EURUne chambre dans D7, D8, D11 ou D12.
1 600 à 2 000 EURUne chambre à D4, D6, D6W, Ranelagh ou Rathmines.
Plus de 2 000 EURDeux chambres en centre, ou une chambre à D2 et dans les quartiers les plus cotés.

Les numéros de code postal dublinois indiquent grossièrement la distance au centre et le niveau de prix : les chiffres pairs correspondent au sud de la Liffey, les impairs au nord, et le prix décroît en s'éloignant de D1 et D2. Le détail quartier par quartier est dans notre guide vivre à Dublin.

Comment s'en sortir malgré tout

Comprendre la crise ne loge personne. Six leviers changent réellement la difficulté d'une recherche, et les deux premiers pèsent davantage que tous les autres réunis.

Aucun ne relève de l'astuce : ce sont des arbitrages structurels, sur la ville ou sur le mode de logement.

LevierConcrètementCe que ça change
Viser une ville secondaireCork, Galway, Limerick400 à 800 EUR de moins par mois pour un logement équivalent
Accepter la colocationHouse share, à tout âgeDivise par deux le poste principal, socialement banal en Irlande
Chercher hors saisonNovembre à févrierLe marché se ferme en août et septembre avec la rentrée universitaire
Privilégier les lignes de transportLuas, DART, train de banlieueLa périphérie desservie reste vivable, celle qui ne l'est pas non
Le digsChambre chez l'habitant en semaine200 à 300 EUR de moins qu'une colocation
Préparer un dossier completContrat, relevés, référencesLes biens partent en quelques heures : la réactivité prime sur le profil

Le calendrier compte autant que le budget. Chercher en août ou en septembre revient à entrer sur le marché en même temps que des dizaines de milliers d'étudiants. En novembre ou en février, la même recherche prend deux fois moins de temps. Voir louer un logement en Irlande.

Ce que ça change pour vous

Des cartons de déménagement empilés dans le salon d'un appartement fraîchement occupé
Logement temporaire, dépôt et avance : souvent 3 000 à 4 000 euros de trésorerie avant même le premier loyer.

Comprendre la crise n'a d'intérêt que si cela modifie la préparation. Quatre conséquences pratiques.

  • Prévoyez une trésorerie de départ plus importante qu'ailleurs : logement temporaire, un mois de dépôt et un mois d'avance représentent souvent 3 000 à 4 000 euros à Dublin.
  • Ne résiliez pas votre logement en France avant d'avoir un bail irlandais signé. Le retour n'est pas gratuit et la recherche prend plus de temps que prévu.
  • Ouvrez la recherche au-delà de Dublin dès le départ. Cork, Galway et Limerick concentrent aussi de l'emploi qualifié, avec des loyers nettement inférieurs.
  • Considérez la colocation et les digs comme des solutions durables, pas seulement transitoires. Une part importante des actifs dublinois y vit par choix économique.

Questions fréquentes sur la crise du logement en Irlande

Comment trouver un logement malgré la crise en Irlande ?

Trois leviers pèsent réellement : viser une ville secondaire, qui fait gagner 400 à 800 euros par mois, accepter la colocation, socialement banale à tout âge en Irlande, et chercher hors saison, entre novembre et février plutôt qu'en août ou septembre où la rentrée universitaire vide le marché. Préparez un dossier complet avant d'arriver : les biens partent en quelques heures et la réactivité prime sur le profil.

Quelle est la cause de la crise du logement en Irlande ?

Elle tient d'abord à l'effondrement du secteur de la construction après la crise de 2008 : la capacité de production a disparu et n'a jamais été reconstituée au niveau nécessaire. Sur cette base réduite est venue s'ajouter une croissance démographique parmi les plus fortes d'Europe, alimentée par l'emploi des multinationales. À cela s'ajoutent le coût de la construction, la concentration de l'emploi sur Dublin et un parc vacant significatif.

Depuis quand dure la crise du logement irlandaise ?

Le point de bascule se situe autour de 2013 et 2014, lorsque la reprise économique a relancé la demande alors que la construction restait à l'arrêt depuis le krach de 2008. La crise s'est donc installée sur une décennie, ce qui explique qu'elle ne se résolve pas par une mesure unique : il faudrait plusieurs années de construction soutenue pour rattraper le déficit accumulé.

La crise du logement rend-elle l'installation en Irlande impossible ?

Non, mais elle change la méthode. Une installation réussie suppose une trésorerie de départ plus importante qu'ailleurs, un logement temporaire pour les premières semaines, et une réelle ouverture sur les villes autres que Dublin. Des dizaines de milliers de personnes s'installent chaque année : la difficulté est réelle, elle n'est pas rédhibitoire.

Les loyers vont-ils baisser en Irlande ?

Rien ne l'indique à court terme. Les plafonds des Rent Pressure Zones freinent les hausses sans faire baisser les niveaux, et seule une augmentation durable du nombre de logements livrés pourrait détendre le marché. Les prévisions publiques tablent sur une amélioration progressive, mais les objectifs de construction ont été manqués plusieurs années de suite.

Quelles villes irlandaises sont les moins touchées ?

La pression décroît à mesure qu'on s'éloigne de Dublin. Limerick et Waterford offrent les loyers les plus abordables des villes moyennes, Cork et Galway se situent entre les deux avec un marché tendu mais moins saturé que la capitale. Les comtés voisins de Dublin, Meath, Kildare et Wicklow, permettent de gagner sur le loyer au prix d'un trajet quotidien.

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